Texte : Bente van der Zalm
Photos : Florian Baudouin

Cold Fame existe depuis huit ans. Il fallait bien fêter ça. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Cold Fame, il s’agit d’une agence de production de concerts basée à Lyon qui aide les groupes à jouer des concerts dans différents endroits en France. Tout au long de la soirée, nous constatons qu’il s’agit plus que d’une agence, plutôt d’une famille et tous les groupes ressentent une relation étroite avec cette organisation. Ce n’est pas pour rien que Last Train est un grand nom de l’affiche, car Cold Fame a été fondé par eux et Jean Noël Scherrer, chanteur de Last Train, joue toujours un rôle important dans cette agence. Les autres participants à cette soirée sont Aratan N’Akalle, MNNQNS, Park, Bandit Bandit, Lysistrata, Johnnie Carwash et W!zard.

Après de fortes averses de grêle dehors, nous sommes chaleureusement accueillis à l’intérieur par la musique ensoleillée d’Aratan N’Akalle. Les mélodies ont un son oriental avec des gammes non-occidentales et elles nous emmènent en vacances dans le sud ensoleillé. Elles ondulent tranquillement et nous permettent de faire des balades à dos de chameau dans le Sahara. Bien que ce soit l’ouverture de la soirée et qu’il y ait du mauvais temps dehors, heureusement la petite salle du Transbordeur est bien remplie pour ce groupe malien. À plus d’un titre, ce groupe fait figure d’exception parmi les noms. Musicalement, c’est plus proche du blues, ce qui ne revient pas pour le reste de la soirée, et c’est le seul groupe qui ne vient pas de France. Le public n’y voit pas d’inconvénient et danse joyeusement. La musique est chaleureuse, relaxante et originale, mais elle n’intrigue jamais assez pour nous faire sortir de la brume du sud.

Ensuite, nous nous retrouvons dans la salle principale pour MNNQNS. Le contraste avec Aratan N’Akalle ne pourrait être plus grand. La basse lourde débarque tout de suite et la voix sombre nous rappelle les meilleurs groupes post-punk. Ne vous y attardez pas trop, cependant, car chaque chanson semble aborder un aspect différent des sous-genres rock. Les rythmes entraînants de la chanson suivante nous rappellent ensuite les Strokes ou les Wombats. Et un peu plus tard, un numéro de danse qui nous rappelle davantage Blue Monday de New Order. En bref, tous les styles sont mélangés : du dance rock à l’indie en passant par le post-punk. Sur le plan international, ce groupe commence déjà à se forger une réputation sur scène, et on comprend bien pourquoi après ce soir.

En arrivant pour le set de Park, on remarque que le batteur irlandais Ben Amos Cooper chante et il chante dans un anglais compréhensible, ce qui n’est pas toujours évident avec les groupes français. La voix claire du batteur nous saisit, mais dès la chanson suivante on est surpris car apparemment tout le monde dans le groupe chante. Le guitariste prend le relais, puis c’est à nouveau le tour du bassiste. La musique est variée tant au niveau du rythme que de la dynamique et nous rappelle Brand New. Cru et intriguant.

Bandit Bandit arrive avec un sample repris en chœur par tout le monde. On peut entendre des percussions et de fortes acclamations dans la salle encore un peu vide. Les chansons françaises sont accrocheuses et interprétées de manière convaincante. Les pas de danse sauvages de la chanteuse Maëva Nicolas sont saisissants. Bandit Bandit joue, comme son nom l’indique, du vrai rock n’ roll à l’ancienne. Des guitares solides, des lignes de basse lourdes et des rythmes précis. Pendant ‘Fever’, la chanteuse plonge dans la foule pour le plus grand plaisir des spectateurs. La chanson « Désorganisée » est dédiée à toutes les femmes comme elle, qui paradoxalement ne doivent pas se laisser dicter leur conduite. Une certaine Anna est également appelée sur scène pour chanter un morceau avec elle.

Après cela, c’est au tour de Lysistrata de jouer. Ils commencent à jouer devant une salle vide, ce qui est logique puisque Bandit Bandit n’a pas encore fini. Pourtant, ils parviennent à inciter le petit nombre de personnes qui fréquentent le Club Transbo à les applaudir lorsqu’ils commencent à jouer (ils n’arrivent même pas sur scène puisqu’ils ne sont jamais partis). On voit tout de suite des visages familiers parmi les membres du groupe. En fait, Lysistrata est composée des mêmes musiciens que Park, qui ont joué dans la petite salle avant cela. C’est peut-être parce qu’ils viennent de jouer, mais l’élan est là dès le début. Le noise rock psychédélique est amené avec la conviction nécessaire et avec beaucoup d’énergie. Cela convainc également la salle car nous voyons le premier grand moshpit ici dans le club Transbo.

Tout au long de la soirée, nous avons entendu les gens parler de Last Train, il n’est donc pas surprenant que Last Train soit accueilli à bras ouverts par la salle principale du Transbordeur. Le groupe n’en fait pas un drame et se comporte comme s’il était le plus grand groupe de rock du monde au Groupama Stadium. On découvre rapidement que derrière cette attitude quelque peu arrogante se cachent des personnes sincères qui veulent partager amour et bienveillance et qui sont très reconnaissantes envers le public et tout ce qui a été réalisé avec Cold Fame. Ils prennent beaucoup de temps pour remercier longuement et personnellement tous ceux qui ont contribué au projet Cold Fame ou à l’accomplissement de cette journée. Pour célébrer l’anniversaire, une bougie est apportée sur scène et le public chante Joyeux anniversaire. Parlons aussi de la musique. Elle rappelle le rock des années 60 mais est solidement amenée et présente un aspect moderne. Parfois, c’est un peu trop, mais le public est clairement impressionné et satisfait par ce show rock convaincant. Last Train ne pouvait pas faire mieux pour le Transbordeur ce soir.

Avec Johnnie Carwash, dans le Club Transbo, la fête continue. Dès la première seconde, on voit des drapeaux et des gens qui dansent et crowdsurfent avec enthousiasme. La musique est répétitive et peut répéter les mêmes paroles comme « I don’t care I don’t give a shit » pendant une chanson. On est clairement à un concert de pop punk ici. Pour le public, c’est tout à fait normal car il n’a aucune envie de sortir de l’ambiance de fête. Cela réussit bien et le groupe parvient même à créer un véritable wall of death.

Puis c’est l’heure de conclure avec W!zard. À notre grande horreur, on constate qu’après Last Train et après minuit, il ne reste plus grand-chose des fêtards. La salle est douloureusement vide et le public est plutôt éméché. Pourtant, W!zard fait de son mieux pour embarquer le public. Le groupe originaire de Bordeaux nous propose un mélange intéressant de post punk, post hardcore, noiserock et même de screamo qui nous intrigue et retient notre attention. Au cours de leur dernière chanson, le groupe tente également un Wall of Death, mais comme la musique manque un peu du contraste nécessaire et que le tempo reste lent avec cette chanson, ce n’est pas une grande réussite. Peu importe, car c’était une excellente soirée avec une bonne programmation qui célèbre clairement le succès de Cold Fame.

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