Texte : Florian Baudouin
Photos : Bente van der Zalm

Dans un peu plus d’une semaine, se tiendra dans la petite ville d’Hasselt, l’un des plus grands festivals de Belgique, Pukkelpop. A partir de cette année, les organisateurs ont décidé de proposer un second festival, à une semaine d’intervalle, à la programmation plus alternative et moins fournie : Hear Hear! En somme, une mise en bouche avant les choses sérieuses. Mais il s’agit d’une mise en bouche de luxe, puisque l’on va pouvoir assister aux performances de groupes locaux, comme de véritables légendes. Pour cette première édition, pas moins de 15 000 pass ont été vendus et bien que cela ne représente pas la totalité des places disponibles, ça fait déjà une belle quantité de monde qui s’entasse le long de l’entrée du festival.

À peine avons-nous le temps de pénétrer dans l’enceinte du festival, que des sons de guitare se font entendre : À 11h30, Blood Red Shoes vient de commencer son set. Les festivaliers sont encore en train de se réveiller et de passer les portes au compte-gouttes et il n’y a donc pas grand monde pour assister à ce show. Mais qu’à cela ne tienne, Blood Red Shoes nous livre tout de même un show énergique rempli de riffs heavy, de rythmes tranchants et d’harmonies vocales. Le duo (Laura-Mary Carter au chant et à la guitare et Steve Ansell au chant et à la batterie) va même être rejoint par un claviériste et un bassiste pour donner davantage de profondeur à l’ensemble. On va ensuite parcourir quelques mètres, passer sous un brumisateur et changer de scène pour découvrir SONS, groupe de garage rock flamand. Un sample de “Put Your Head On My Shoulder” de Paul Anka se fait entendre alors que le groupe fait son apparition sur scène. Ils vont alors nous donner un aperçu de leur musique garage rock tirant parfois vers le post punk et finissant souvent leur morceaux sur des breakdowns uptempo presque metal. Ces jeunes hommes prennent visiblement du plaisir, nous on trouve ça tout de même un chouilla répétitif, mais ce n’est pas foncièrement désagréable.

De retour sur la mainstage, cette fois pour admirer l’auteure-compositrice-interprète Anna Calvi, qui prend la guitare et est accompagnée d’un batteur et d’une claviériste. Elle commence par une intro claire, planante, avec de la reverb avant de nous régaler de sa suave voix d’alto et de ses merveilleux solos de guitare qu’elle assemble dans des compositions menaçantes, nous plongeant dans les bas-fonds londoniens. On rappelle que plusieurs de ses titres avaient été choisis pour intégrer la BO de Peaky Blinders, c’est tout à fait cette ambiance. Toujours sur la mainstage, on a également pu assister au show de Whispering Sons, groupe de post punk flamand, qui commence à pointer le bout de son nez hors de ses frontières avec des participations à moult festivals et des tournées un peu partout en Europe (on se rappelle leur passage à Lyon aux côtés de Balthazar). Quoiqu’il en soit, étant un groupe local, le public ne cache pas son enthousiasme. La voix grave et puissante de la frontwoman Fenne Kuppers porte l’ensemble avec brio et le groupe parvient à lentement construire des ambiances dans ses morceaux.

Après cela, on bouge à nouveau sur l’une des deux petites scènes pour voir le duo de rock expérimental new-yorkais Battles. Celui-ci est constitué de Ian Williams à la guitare et au clavier et John Stanier à la batterie. Il s’agit d’un savant mélange de musique électronique et amplifiée avec une forte utilisation de looper. On peut ainsi admirer la façon dont les nombreuses couches se superposent. Ce fût une bouffée d’oxygène bienvenue à la mi-journée !

C’est désormais au tour de Wolf Alice de s’emparer de la mainstage et c’était peut-être le groupe pour lequel on avait le plus d’attentes. En effet, ils nous avaient enchantés l’année dernière avec leur album “Blue Weekend”, qui, rappelez-vous, s’était hissé à la troisième place de notre classement de l’année 2021. C’est donc avec une certaine excitation que l’on attendait de pouvoir les voir aujourd’hui ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne nous ont pas déçus. Entre le show permanent auquel se livrait le bassiste Theo Ellis et la voix toujours aussi splendide de Ellie Rowsell, le groupe était en feu cet après-midi. On note la magnifique interprétation acoustique de “Safe From Heartbreak (If You Never Fall In Love)” à trois voix. Ce fut sans conteste l’un des gros points forts de la journée. Ce fut également l’occasion de voir Squid performer son dernier album « Bright Green Field » en live, nous qui l’avions chroniqué l’an passé. On remarque que les cinq membres du groupe sont placés au même niveau sur la scène, ce qui donne une ambiance intimiste et conviviale. Musicalement, c’est toujours aussi intéressant, ni plus ni moins que ce à quoi nous nous attendions.

On passe à nouveau sur la seconde petite scène pour voir Future Islands, groupe de synth pop américain composé d’un chanteur, d’un claviériste, d’un bassiste et d’un batteur. Ce qu’on peut noter d’emblée, c’est que le chanteur Samuel T. Herring est extrêmement expressif, se livrant sans cesse à des petits pas de danse et autres mimiques, ce qui va presque jusqu’à éclipser la musique. Mis à part cela, l’ensemble est très doux, suave et reposant. Ce sera ensuite l’heure de voir les légendaires Pixies sur la mainstage. Les festivaliers attendaient visiblement ce moment avec impatience : en effet, la mainstage est pleine jusqu’à l’extérieur et bon nombre de personnes sont même assises dans l’herbe pour regarder le show sur écran géant. Le groupe n’est plus tout jeune et est quelque peu statique sur scène, mais musicalement c’est toujours aussi solide et ils interprètent sans difficulté leurs plus grands tubes, comme bien évidemment “Where Is My Mind?”, repris comme un seul homme par l’ensemble des festivaliers.

Pour la dernière fois, on se dirige vers l’une des petites scènes, cette fois pour voir Balthazar, l’un des, si ce n’est le, plus grand groupe belge du moment. Alors qu’au même moment, le DJ set de The Avalanches enflamme le dance floor de l’autre scène, les festivaliers présents devant Balthazar peuvent eux aussi danser sans difficulté ! En effet, Balthazar régale le public, qui les connaît bien avec son pop-rock alternatif funky aux lignes de basse tranchantes et efficaces le tout sous un jeu de lumière digne des grands soirs. Mais la performance des belges est vite éclipsée par l’arrivée imminente de Editors sur la mainstage. En effet, avant même la fin du set de Balthazar, on peut voir une marée humaine se diriger vers la mainstage pour LA tête d’affiche de ce festival. A 23h35, Editors démarre son set devant l’ensemble des festivaliers, avec le style indie rock qu’on leur connaît, des lignes de synthé accrocheuses et les mélodies entêtantes portés par la voix puissante et chaude de Tom Smith, qui va et vient entre la plateforme centrale et le siège de son piano. Malgré l’heure tardive et la longue journée écoulée, le public ne se laisse pas abattre et entonne les chansons à tue-tête. Editors a parfaitement tenu son rang en livrant une prestation qui su tenir en haleine le public durant près d’1h30.

Ce fut une sacrée journée, sans temps mort remplie de belles surprises et de confirmations.  On peut dire que c’est une première réussie pour ce festival et un bel avant goût avant Pukkelpop, pour lequel on se retrouve dès ce weekend ! 

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