Texte : Florian Baudouin
Photos : Bente van der Zalm

C’est logique, pour la grande majorité des concerts auxquels on assiste ces temps-ci, il s’agit du concert de reprise des différents protagonistes, ou de l’un des premiers depuis le grand blackout. Groupes, assos, salles et souvent public, tous ont la joie de retrouver la musique live. Et cette situation a au moins cela de positif : Dès que l’on rentre dans une salle de concerts on est plongé dans une atmosphère d’heureux grisement, celui d’une population privée de sa passion depuis trop longtemps. C’est donc dans ces conditions qu’on se retrouve au Warmaudio de Décines  pour la release party du dernier EP de Raincheck, sorti il y a… deux ans.

Le premier groupe de la soirée foule les planches et envoie les premiers accords. On a de prime abord pas l’impression que le concert fasse bien salle comble, mais pourtant, lorsqu’on se retourne, on est agréablement surpris de s’apercevoir que la salle est en fait quasiment pleine. C’est donc à Pattaya Girls, garageband lyonnais, que revient la lourde tâche de réveiller tout ce beau monde. Alors que les premières minutes s’écoulent, on commence petit à petit à bouger la tête. Musicalement, on est sur des guitares distordues avec une reverb qui crache et un grand renfort de chœurs. Ces garçons savent clairement ce qu’ils font, mais on trouve quand même ça un chouille répétitif. On remarque également un je m’en foutisme amusant dans l’attitude du quatuor, non seulement dans la manière de jouer sur scène, mais aussi lorsque le groupe ne se présente pas, ou encore lorsque le frontman s’adresse au public de manière complètement détachée, en réaccordant sa guitare : “Alors vous êtes contents de venir au Warmaudio ? (Une voix s’élève pour s’écrier “Oui, c’est merveilleux !”) Parce que bon, nous on vient toutes les semaines, donc ça nous fait pas bizarre”, le Warmaudio proposant une flopée de salles de répétition.
Quoi qu’il en soit, on imaginerait bien ce groupe dans un club underground californien. Il faudra se contenter de l’underground décinois ! On pourra regretter un énorme no man’s land entre le public et la scène, mais c’est souvent ce qui arrive pour les groupes d’ouverture, a fortiori lorsqu’on ne prête pas une attention particulière à secouer le public.

C’est au tour de Foolish de se lancer, après une grosse année sans concerts, selon leurs dires. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce groupe de Skatepunk venu tout droit de Clermont-Ferrand est un sketch permanent. Entre des morceaux traitant de “planche à roulettes” ou de leur ville natale (‘This Is My City”), on a droit à des blagounettes intra-groupe lorsque le batteur, se dévêtant de son t-shirt, se considère comme maigrichon, ou lorsque les gaillards se mettent à converser au sujet de la semaine qu’ils ont passé. En sommes, une bande de joyeux lurons à la bonne humeur et à l’énergie communicatives. On note de multiples faux départs, mais là encore, ce sera plus une occasion de blague qu’autre chose et on ne peut qu’être indulgent avec eux !

Vient ensuite Young Harts et on est instantanément plongé dans un univers beaucoup plus punk-rock que leurs deux prédécesseurs. On laisse plus de place à l’harmonisation et à la mélodie tant au niveau de la voix que des parties instrumentales. On a également beaucoup plus de moments de répit, notamment avec des passages à base de reverb sur une guitare claire, d’arpèges…  C’est au cours de leur set que le public va commencer à se chauffer et à se faire beaucoup plus mouvant.

Young Harts va donc céder la place aux héros de la soirée, Raincheck, venu célébrer avec deux ans de latence, la sortie de son dernier EP “Last Call”. Le groupe pénètre sur la scène sous une musique cartoonesque (qu’on n’a malheureusement pas eu le temps de shazamer), après quoi  ils nous livreront un punk-rock sans concession avec une énergie débordante, en prenant du plaisir et cela se voit. De quoi clôturer en beauté ces trois heures placées sous le signe du punk-rock-garage-planche à roulettes. Raincheck termine son set de manière plutôt abrupte lorsque la petite musique sur laquelle ils sont apparus retentit à nouveau alors que la dernière note est toujours en suspens.

Voilà le troisième concert qu’on couvre depuis la reprise, et on a encore l’impression que c’est le premier. Une ambiance festive, un air de libération, des groupes qui prennent du plaisir… On n’en demande pas plus.

Joe Cool Records

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