Texte: Paul van der Zalm
Traduction : Florian Baudouin

“Il semble clair que le groupe est plus sérieux qu’il ne semble l’être de prime abord”

Viagra Boys sort aujourd’hui Welfare Jazz, le successeur de leur premier album Street Worms sorti en 2018, et de l’EP Common Sense, sorti l’année dernière. Le titre se veut ironique et se moque des subventions adressées au jazz par le gouvernement suédois. L’ironie est en même temps la meilleure arme du groupe et de Sebastian Murphy, le chanteur aux nombreux tatouages. Car en écoutant cet album, on se demande constamment si ce groupe doit vraiment être perçu comme un groupe de post-punk macho, ou si ce sont juste de très bons acteurs.

L’humour est toujours présent, très bien dosé et musicalement parlant, le label semble être absent.  La première chanson “Ain’t Nice” fait un peu écho à la chanson “Sports” issue du premier album, mais est remplie d’étranges grognements. Mais si vous continuez d’écouter l’album et arrivez à “Creatures”, le successeur de ce single et dont le clip est l’autre moitié du diptyque, vous écoutez un vrai tube disco alternatif avec un texte sombre. “Girls & Boys” est aussi une chanson sur laquelle danser, avec des caractéristiques psychédéliques et un bon final chaotique. Ce titre conviendrait parfaitement à une chanson de chauffe pour un concert ou un festival, surtout la version longue disponible sur Youtube. Cela en fait l’un des points forts de l’album, même si après coup, on se demande ce que le groupe a contre les crevettes…

Avec ce groupe, on ne s’attendrait pas à un titre country. Cependant, “In Spite of Ourselves” est une chanson d’amour remarquable dans un style country avec en featuring Amy Taylor, de Amyl and the Sniffers. La chanson est dédiée à John Prine, le chanteur folk décédé l’année dernière. La vidéo karaoké qui accompagne la chanson semble être une référence à la genèse du groupe. Pour compenser, ce titre est mis en opposition avec avec l’anti-lovesong “Toad”, qui pourrait ressembler à une chanson de Tom Waits, faisant suite à l’intermezzo au saxophone “Cold Play”. Aussi, “I Feel Alive”, chantée sur un rythme lent, nous fait penser à Tom Waits, mais encore plus à un jeune Nick Cave. Un Nick Cave plus âgé, ou par exemple Madrugada, peut être entendu sur la magnifique chanson “To The Country”, surplombant un arrière-plan consistant de synthétiseur à l’air solennel. “Secret Canine Agent” est une courte parodie rock n’ roll avec un écho sur la voix et une bonne bassline. On peut aussi retrouver les chiens sur le court poème “This Old Dog”.

Il y a en effet des influences jazz (surtout du fait d’Oskar Caris) et cela peut s’entendre plus particulièrement sur le titre instrumental rapide et très fun “6 Shooter”. On ne peut également pas louper le drum and bass. On l’entend surtout sur “Into the Sun”, avec un rythme comme une pulsation stable. A la production, on retrouvait Matt Sweeney, Justin Raisen et Jeremiah Raisen et leurs compatriotes suédois Pelle Gunnerfeldt (The Hives) et Danciel Fagerström ont également contribué à l’album.

Il semble clair que le groupe est plus sérieux qu’il ne semble l’être de prime abord. C’est également souligné par Murphy lui-même : “On a écrit ces chansons quand j’étais dans une relation à long terme, que je me droguais tous les jours et que j’étais un connard. Je ne réalisais pas vraiment quel connard j’étais avant que ce ne soit trop tard et une grande partie de cet album parle de venir à bout du fait que je me suis fixé les mauvais objectifs.”

Si vous êtes rapide, vous pouvez toujours assister à la release party en ligne ce soir à 20h, via http://bit.ly/shrimpsesh2.

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