Texte : Koen Ruijs

Trois ans après “Beyondless”, la formation post-punk danoise Iceage revient en force.  Seek Shelter sortira le 7 mai. Un album avec neuf nouvelles chansons et une tête de cheval en guise de pochette. 

Le cinquième album studio commence par une alarme de raid aérien soutenue par des violons qui montent, après quoi un riff de guitare lance l’ouverture “Shelter Song”. “Shelter Song” fait immédiatement référence au titre de l’album. Dans le refrain, le chanteur Elias Rønnenfelt vous invite à vous reposer et vous entoure d’un bras invisible. “Viens là, viens me voir. Le reste du monde ne fera que te botter le cul de toute façon”. La voix vacillante d’Elias est relevée par les voix angéliques du “Lisbon Gospel Choir”. Une lueur de chaleur portugaise semble réchauffer l’attitude glaciale d’Iceage. 

Sur “High & Hurt”, les racines punk des cinq membres remontent à la surface. Le tempo augmente, le chant devient plus agressif. Et oui, vous avez bien lu, “cinq”. Dans la préparation de “Seek Shelter”, le quatuor est renforcé par un cinquième membre du groupe en la personne de Casper Morilla. Bien que l’on puisse faire plus de bruit à cinq qu’à quatre, ils ralentissent immédiatement sur ‘Love Kills Slowly’. Iceage montre qu’ils peuvent jouer une ballade à leur façon. Les refrains sont à nouveau portés à une hauteur extraterrestre par les membres du “Lisbon Gospel Choir”. Cela va tellement loin qu’à la fin de la chanson, on a l’impression de flotter dans un espace surréaliste. 

“Vendetta” vous prend à la gorge et vous ramène à la dure réalité. Iceage vous entraîne dans une jungle où les chefs de la mafia, les armes et la drogue règnent en maîtres. Le groove de la dance-drum et les parties instrumentales apocalyptiques vous donnent l’impression que vous devez être constamment sur vos gardes. Dès que le décor de jungle de “Vendetta” s’estompe, un palais chic apparaît. Le groove de la dance est remplacé par un swing à l’ancienne. “Drink Rain” donne l’impression d’être projeté dans les années 1930, où l’on jette un coup d’oeil dans une salle de bal enfumée, pleine de robes et de costumes. Les paroles épaississent parfaitement cette image, “I drink rain like iced champagne, I drink the rain to get closer to you”. L’ambiance swing est jouée de manière si décontractée par le groupe que l’on a parfois l’impression d’être ivre. 

Mais dès que le champagne est vide, une bouteille de vin rouge est ouverte. Un choix que tous les membres du groupe approuvent, puisqu’ils crient tous “Red wine” dans le refrain de “Dear Saint Cecilia”. Un titre qui montre qu’une référence à la religion est inévitable sur un disque d’Iceage. Un lien est également établi avec les travaux antérieurs du groupe, car la chanson contient de nombreux ingrédients de l’album précédent “Beyondless”. Le tempo, les parties de cuivres et la construction de la chanson sont autant de points communs avec l’album précédent. 

Alors que le groupe est sur le point d’exprimer clairement sa notoriété, vous êtes endormi par un pincement de guitare calme et doux sur “The Wider Powder Blue”. Dès que l’on écoute cette berceuse de manière détendue, les yeux fermés, on est réveillé dès que le groupe revient au refrain  de cette même chanson. Mais il n’y a pas de climax, ce qui est surprenant dans un sens. 

Vous vous réveillez au son d’une boîte à musique lancinante. Une voix fantomatique flotte dans vos oreilles. Nous sommes arrivés au dernier morceau, “The Holding Hand”. La jolie mélodie est éclipsée par une atmosphère terrifiante qui se déploie avec des accents explosifs. Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il ne s’arrête pas à un magasin de porcelaine. A la fin, rien ne reste intact et vous êtes assailli jusqu’au bout par un mur de son.

En écoutant “Seek Shelter”, on se rend bien compte que le monde qui nous entoure est dur, froid et rude. Cependant, de temps en temps, il y a quelque chose qui vous saisit et vous réchauffe. Quelque chose qui vous donne l’impression qu’il y a de l’espoir. Iceage est peut-être un groupe traditionnel. Mais ils ne cessent de se remettre en question en introduisant de nouveaux éléments dans leur musique. Cette fois, vous êtes surpris par une chorale gospel, un groove de batterie inspiré d’une boucle de batterie d’un clavier d’enfant et un harmonica. À première vue, il s’agit d’éléments qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, sans parler de l’illustration de la pochette avec un portrait zoomé d’une tête de cheval. Pourtant, le quintet danois parvient à en forger une entité originale. 

Avec son cinquième album studio, Iceage montre que sa musique brute et sans fard peut aussi être chaleureuse et pleine d’espoir. 

Mexican Summer

Photo : Jonas Bang