Texte : Jacob Parrott 
Photos : Dan Kendall 

Signer un contrat et sortir un premier album après un seul concert n’est pas la situation typique dans laquelle se trouve généralement un groupe, mais c’est exactement la position dans laquelle TV Priest s’est retrouvé avec la sortie de son disque punk « Uppers ». CHAOS a eu l’occasion d’interviewer le leader Charlie Drinkwater sur Zoom pour discuter de l’album, de la pertinence de la musique punk et comment le confinement a impacté les musiciens. 

Depuis quand formez-vous un groupe ? 
On fait cette musique depuis qu’on est adolescents, mais personne ne s’y est jamais vraiment intéressé. Nous avons tous la trentaine, on commence à rencontrer de moins en moins de monde et je pense que l’on a besoin d’une excuse pour se retrouver, surtout entre mecs parfois. On n’est pas très doué pour dire à nos potes que l’on tient vraiment à eux et qu’ils nous manquent. Donc, on se retrouvait toujours dans une salle de répétition et on jouait ensemble, une fois tous les deux ans, mais écrire l’album était une vraie excuse, presque comme un « passons du temps ensemble ». C’était vraiment incontrôlable.  

Penses-tu qu’il y a quelque chose de différent dans cette relation par rapport à l’époque où tu étais plus jeune ? 
Oui, je n’aurais pas pu faire l’album à un autre moment. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre artistiquement qui je suis et ce que je veux dire. C’est probablement la raison pour laquelle tout cela est arrivé si rapidement, parce qu’on a passé quinze ans à essayer de trouver ce dont on voulait parler. Aussi, c’est probablement bénéfique parce que nous faisons ça depuis longtemps, que nous ne nous attendions pas vraiment à ce que quelqu’un apprécie ou y porte une attention particulière et que ce ne serait jamais autre chose que ce qu’on a fait ensemble, en tant qu’amis. Aujourd’hui, c’est bizarre de penser que, techniquement, on a signé un contrat avec un label et que, techniquement, on est des musiciens professionnels. 

C’est le rêve, non ?
Oui. C’est une de ces choses qu’il est très difficile de comprendre. Je ne dis pas que les gens ne nous soutiennent pas, mais ils disent toujours « C’est quoi le plan B ? C’est super comme passe-temps, mais quel sera votre véritable travail ? ». Donc, cela a été une période assez déroutante pour nous, d’une certaine façon. On essaye de gérer le fait que c’est notre réalité, maintenant. Ce n’est plus nécessairement un passe-temps, ou une chose que nous faisons pour nous connecter les uns aux autres. C’est bénéfique parce que si ça nous était arrivé à l’âge de 19 ans, ou quelque chose comme ça, on aurait pu penser que l’on est le meilleur groupe au monde, parce que, tout à coup, on sort de l’école et on nous fait signer un contrat en tant qu’artistes et on nous dit toutes ces choses sur la façon dont nos musiques sont bonnes ou autre. N’importe qui serait sans doute touché et ça nous rendrait idiots et insupportables. 

Comment c’était de signer un contrat, d’avoir de plus en plus de fans, et tout le reste, alors que vous ne pouvez pas faire de concert ? 
Nous en sommes un peu fiers, mais nous sommes aussi un peu perplexes. On n’a pas de repères pour ce que c’est que de faire partie d’un groupe, en général. Je ne rencontre pas les gens dans la vraie vie. Je ne vais pas à des concerts. Je n’ai jamais rencontré personne de notre label. Donc, je pense que ce qu’on a jamais eu, ça ne nous manque pas nécessairement. Ça doit être vraiment dur pour un groupe qui fait des tournées ou qui est en train de faire son deuxième album. Selon la tradition, la façon de soutenir ce travail, c’est de sortir, de faire des concerts, de rencontrer des gens et d’être sur la route. Ca a été difficile pour nous car on fait une session pour une station de radio et, dans la vraie vie, on aurait été à la station de radio pour le faire, et notre label est à Seattle, en réalité. On aurait pu aller à Seattle et rencontrer ces personnes. Toutes ces choses qui auraient été de très grands moments, je suppose qu’on en fait un peu le deuil. Mais en même temps, on essaie simplement de voir le bon côté. On arrive en quelque sorte à rencontrer toutes ces personnes. Là, je te rencontre. Je peux encore avoir des conversations et je pense que ça reste quelque chose d’essentiel pour nous. Cela m’a permis de me sentir bien, mentalement bien, et la diffusion de notre musique m’a permis d’échanger de plusieurs façons avec les gens, bien que ce soit à travers des écrans. 

Vous avez beaucoup d’humour dans l’album, pourquoi penses-tu que l’humour et l’agressivité dans le punk fonctionnent si bien ensemble ? 
La façon dont on essaie d’écrire est d’être aussi honnête et aussi véridique que possible quant au moment où cette chanson est enregistrée. Donc, beaucoup de ces chansons sont écrites à des moments de nos vies où on se sentait en colère, ou frustré, ou nerveux, ou quoi que ce soit. La colère est un outil très utile à certains égards en tant qu’artiste, parce c’est assez direct. Vous pouvez facilement délivrer un message caché derrière cette colère, surtout si vous êtes honnête à propos de ce message. Je pense que ça parle aux gens d’une façon assez primordiale et personnelle. C’est une grande émotion. La colère dans le punk est une sorte d’outil intéressant parce que si vous regardez de plus près l’histoire du punk, ce sont des gens qui utilisent les outils qu’ils ont autour d’eux pour transmettre des émotions. Je ne me qualifierais pas vraiment de musicien, vous savez que je suis quelqu’un qui aime faire de l’art. Je peux évidemment écrire une chanson et une mélodie avec les autres, mais je ne sais pas jouer d’instrument. C’est quelque chose de vraiment intéressant à propos du punk, c’est un moyen démocratique dans un sens, ou l’a toujours été. Mais pour moi aussi, il était vraiment important d’avoir de l’humour dans cet album.

Pensez-vous que c’est la raison pour laquelle vous avez du succès, surtout dans les scènes underground ? 
C’est intéressant de voir que le post-punk semble être revenu. Des groupes comme IDLES font un travail incroyable et ont ouvert la porte à beaucoup de gens. Nous ne serions probablement pas ici, un contrat signé avec un label, si ce n’était pas pour un groupe comme celui-là, avec un certain niveau, et si les gens pensaient « oh il y a un public pour ça » ; et je pense que tous ceux qui aiment cette musique l’ont toujours su. C’est pourquoi IDLES sont si incroyables avec leurs fans, parce que ces gens ont toujours été là et ont trouvé une maison. Lorsqu’on parle de post-punk et de ce genre de mouvements et des raisons pour lesquelles il est redevenu populaire, j’aime penser, y a-t-il quelque chose à dire si vous regardez le moment où est apparu le post-punk ? Il est apparu à un moment de crise politique. Il y a la montée de la droite. Il y a un conflit racial. Y a-t-il un parallèle historique ? Aussi, le post-punk a parfois une définition étroite. Souvent, quand on pense au post-punk, on pense à des putain de gens comme moi, un blanc dans un groupe avec une guitare, mais le post-punk c’est bien plus que ça. C’est un échantillon d’hip hop précoce. C’est de la techno de Detroit. C’est de la musique d’ambiance. C’est de la musique industrielle. Ce sont toutes ces choses qui utilisent ce point de départ du punk, ce qui réinitialise, en quelque sorte, ce mouvement culturel populaire pour qu’il ressemble à un « tout le monde peut le faire » et l’ouvre simplement. Je pense que c’est la raison pour laquelle il existe toujours. C’est un message si puissant. C’est un message tellement stimulant d’être comme n’importe qui, de n’importe quelle classe, race, croyance, orientation, qui peut faire ça et aussi trouver une communauté qui le soutient. C’est pourquoi, j’espère, que le punk est de nouveau populaire. 

Comme tu le dis, ces idéaux semblent être actuels, mais même certaines chansons plus anciennes parviennent encore à faire écho chez les gens.. 
Oui et c’est un peu accablant, dans un sens, parce qu’on ne devrait pas avoir à toujours faire face aux mêmes choses. Je pense qu’il y a quelque chose à aimer, comme l’état d’esprit et la philosophie, mais il y a quelque chose d’autre à reproduire. J’espère qu’en tant qu’artiste, tu essaies d’apporter ta propre voix à cette philosophie. Parfois, il peut être difficile de se débarrasser de son histoire et de son influence, mais je pense que c’est grâce à ça que l’on produit des choses géniales. Lorsqu’on applique ces philosophies à sa vie et à son expérience, j’espère que c’est là qu’on obtient quelque chose de personnel, mais qu’on parle aussi à d’autres personnes. Quand j’y pense, ça m’émeut parce que ça me rappelle ce que j’ai ressenti la première fois que l’on a formé le groupe avec mes amis. On ne savait rien. Je ne savais pas chanter. Personne ne savait vraiment comment jouer des instruments et ça vous ouvre un monde. Ça libère un sentiment d’appartenance que je ne pense pas avoir trouvé dans ce que j’ai pu faire d’autre, à part quand je suis tombé amoureux.

On peut parfois écouter les artistes et leurs disques et on se dit qu’ils sont bons, mais quand on les voit en live, on se dit « c’est quelque chose de complètement différent ». 
J’adore ce sentiment, d’être surpris par la musique live. Être au bar, ou ailleurs, attendre le groupe qu’on est venu voir et, soudain, entendre quelque chose à travers le mur. On se demande « qu’est-ce que c’est que ça ? » et puis, on flâne et on se dit « j’ai jamais rien vu de meilleur ». Aucun moment passé à défiler sur l’algorithme Spotify ne va vous faire vivre ça. Ne vous méprenez pas, j’y ai trouvé des trucs incroyables, mais vous n’allez jamais ressentir ces émotions. Quand ça arrive, ça devient tellement personnel. Vous ne pouvez pas l’éviter. C’est comme si vous y étiez coincé pour toujours. 

100%, et dans ces petites salles, ils finissent de jouer, et vous allez leur parler au bar. 
Oui, peut-être pour leur acheter un t-shirt ou autre. C’est ce que je veux faire. Je veux être à Stoke un mercredi soir, sous la pluie battante, chargeant un ampli dans un camion et volant une cigarette à quelqu’un. C’est le rêve, le rêve absolu, ne me dites pas le contraire.

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