« Je ne suis pas le genre d’artistes qui prétend vouloir changer quelque chose dans le monde ; je me contente de dire les choses du point de vue d’un mec de 23 ans. »

L’indie-rocker Sam Fender est en passe de conquérir l’Europe. En janvier, il a joué au show case festival Eurosonic, où il a été l’un des artistes phares. Ses chansons «Play God» et «Dead Boys» ont été streamées plus d’un million de fois sur Spotify. À sa grande joie, Sam Fender est apparu cette semaine dans l’émission télévisée de Jools Holland. Les principales caractéristiques de sa musique sont ses paroles poignantes et sa voix, assez similaire à celle de Jeff Buckley. Fender était en tournée avec son groupe au Royaume-Uni et sera en novembre en tournée à travers toute l’Europe. CHAOS Music Magazine a interviewé Sam Fender avant son concert au Kadepop à Groningen (Pays-Bas).

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?
J’ai eu une guitare quand j’avais huit ou neuf ans et j’ai commencé à apprendre quand j’avais dix ans. À l’âge de 12 ans j’ai commencé à prendre des cours de guitare et c’est à partir de ce moment-là que c’est devenu sérieux. Mon frère organisait à l’époque des soirées pour musiciens de rue et on m’a proposé d’y participer. Je crois que j’ai joué du Oasis, du Kings Of Leon et une version acoustique d’un morceau de Jimi Hendrix. Les gens ont trouvé que j’avais une belle voix. Alors juste comme ça, je me suis dit que ça allait être ça que j’allais faire, ce que serait mon métier. L’idée du succès ne me préoccupait que très peu, mais j’ai su que c’était que je voulais faire pour le restant de mes jours. Et si je pouvais me procurer juste de quoi me nourrir et me loger grâce à ma musique, alors ça me suffisait. Plus tard quand j’avais quinze ans, j’ai monté un groupe à trois et on a fait quelques petits concerts. C’était très probablement la meilleure période ma vie. Je me rappelle qu’on montait sur scène et qu’on jouait avec cette certitude, certes naïve, qu’on était le meilleur groupe au monde. Quand on quittait la scène on se disait toujours : Putain qu’est-ce qu’on a assuré ! Je suis devenu assez cynique et ai quitté le groupe. Maintenant qu’on est un peu plus âgés, on réalise qu’on n’était pas le meilleur groupe au monde. Ces mêmes gars sont aujourd’hui dans mon groupe et ils sont excellents.

Peux-tu m’en dire plus sur tes influences ?
Je suis influencé par beaucoup de choses différentes. Par le passé, j’aimais beaucoup les artistes comme Bruce Springsteen. C’est une de mes plus grandes idoles. J’aime beaucoup Jeff Buckley aussi, Joni Mitchell et les autres grands auteurs-interprètes de la sorte. Actuellement, je peux vous dire que j’écoute pas mal Pinegrove et du Kendrick Lamar.

Comment ces artistes que tu viens de citer ont influencé ta musique ?
J’ai commencé à m’intéresser à Kendrick Lamar quand j’ai écouté pour la première fois « Rigamortis ». Je trouve qu’à part parler de sexe ou du fait de passer de bons moments, et il n’y a absolument aucun mal à cela, pas beaucoup de musiciens mainstream parlent de choses sérieuses dans leur musique. Ce qui fait que ça laisse beaucoup de marge et particulièrement dans le style guitare-indé, aux musiciens pour exprimer des choses plus sérieuses. Par ailleurs ce serait intéressant de voir un groupe de cette mouvance cartonner. Bruce Springteen par exemple avait dans sa musique un discours politique appuyé et ça ne l’empêchait pas d’être numéro un. Je trouve qu’on a plus tellement de musiciens comme ça, et beaucoup d’artistes indé ou orientés guitare de nos jours sont très précautionneux dans leurs chansons par peur de ne pas voir leur carrière décoller. Ces derniers se contentent de quelques refrains qui font beau, regardent leur pédale, marmonnent bêtement et prennent un peu trop soin de leur apparence. Il en va de même pour le rap. C’est pour cela que « The Blacker The Berry » de Kendrick Lamar par exemple, m’interpelle beaucoup car elle est politiquement très chargée et dénonce des choses. Peut-être que c’est l’industrie qui veut que les artistes ne soient plus très engagés ou alors laisse les artistes engagés dans la négligence totale. Pour ma part, j’ai eu la chance de signer avec un grand label et je me suis dit : C’est l’occasion ou jamais !

Peut-être que des gens suivront tes pas.
Je l’espère bien. En tout cas si je peux aider des amis qui sont dans cette démarche, ce serait formidable.

Comment tu trouves des idées pour tes chansons ?
J’écris constamment, je prends des notes, que ce soit sur du papier ou des notes vocaux sur mon téléphone. Les gens me trouvent parfois bizarre dans la rue car je suis toujours en train de marcher et de parler dans mon téléphone, et là je trouve une ligne mélodique et commence à la chanter et les gens me regardent encore plus bizarrement (rires). J’espère ne jamais être à court d’idées.
Si j’ai toujours dans la tête des paroles qui tournent encore et encore ? Absolument, et constamment. C’est même plaisant. Écrire des chansons est ce que je préfère le plus dans ce métier, même si je ne considère pas vraiment ça comme un métier, et c’est justement ça qui m’a séduit en premier lieu.

Les paroles de tes chansons sont très profondes. Qu’est-ce que tu pourrais nous dire par rapport à ça ?
Je ne suis pas le genre d’artistes qui prétend vouloir changer quelque chose dans le monde ; je me contente juste de dire les choses du point de vue d’un mec de 23 ans originaire de Newcastle. Bien avant que tout ça devienne mon métier, ou du moins quelque chose de sérieux, j’écrivais pour moi-même, comme une sorte d’auto-thérapie. Je formulais du mieux que je pouvais ce que je ressentais à l’égard de certaines choses. Quand on avance dans la vie, on fait face a beaucoup de frustrations et de détresses, et j’ai eu la chance d’avoir la musique comme refuge, ou exutoire. Ce qui se manifeste notamment par exemple dans des morceaux tels que « Play God » ou « Friday Fighting ». Oui oui, j’étais un ado assez révolté. Je ne foutais rien de ma vie. J’ai gâché mon parcours scolaire car mon cœur n’y était pas. Mais la musique, elle, était toujours là, présente, fidèle, et je pouvais y exprimer tout ce que je ressentais à propos de tout ce qui se passait dans ma vie.

Y a-t-il des paroles que tu as écrites dont tu es particulièrement fier ?
Les paroles de « Play God ». C’est ma première chanson que j’ai sortie alors en quelque sorte oui. « Leave Fast » et « Dead Boys » sont à propos de ma ville natale. Elles sont assez personnelles et donc j’en suis fier aussi.

Qu’est-ce que ça fait de chanter ces musiques assez personnelles comme tu dis ?
« Dead Boys » me fait un effet assez particulier quand je la chante. Elle raconte le suicide d’un ami à moi. Quand je la chante, je ne peux pas m’empêcher de penser à lui. Après, ce n’est pas toujours le genre de choses auxquelles on veut penser, mais c’est un moyen pour moi de m’y faire à cette histoire. La chanter pour mieux l’oublier. Mais c’est assez étrange en effet. Ça s’est passé il y a un an et demi. Ah ça me fait toujours quelque chose d’y repenser.

Il y a tout de même quelque chose de beau là-dedans.
Oui je crois. Et puis c’était le but, si tu vois ce que je veux dire. Mon ami aurait apprécié alors…

Est-ce aussi ton objectif d’aider des gens à surmonter une quelconque douleur avec cette chanson ?
Pas vraiment. Je ne suis pas un gourou guérisseur sauveur de vie. Je suis juste un mec avec sa guitare. Mais si ça peut aider qui que ce soit, alors c’est très bien. C’était juste mon état d’âme à ce moment précis.

Tu écris pour toi et rien que pour toi.
Oui, c’est comme ça.

Texte : Susanne van Hooft
Photos : Bente van der Zalm
Traduction : Ousamma Khettou

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